Sin Piedras diary, introduction
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Sin Piedras diary 015

07-08.06.2004

 

 

Salem

© Sin Piedras

Il s’avère étrange de se lever ces jours à Hébron et de ne pas pouvoir sortir filmer. Les heures sont longues, quasiment doublées. Nous essayons de profiter de la meilleure façon possible du temps, c’est à dire en allant se promener dans les rues bondées, boire du thé et écouter les gens. Les histoires qui nous sont racontées alors que nous connaissons à peine ces personnes, donnent la chair de poule, bien que pour être sincère, nous nous y habituons peu à peu.

Lundi nous avons discuté avec Salem, un jeune homme de 23 ans qui vit avec sa famille dans un camp de réfugiés près d’Hébron. En 1976 les israéliens les ont expulsé de leurs terres et ils ont donc dû s’installer dans le camp avec environ 3500 autres familles. En 2000, Salem eu l’occasion de partir en Tchécoslovaquie, lorsqu’il y avait encore un espoir de paix. Il étudiait l’ingénierie en télécommunications et à la fin de l’année scolaire, il décida de rentrer voir sa famille. Depuis, il attend toujours de pouvoir sortir d’ici et continuer ses études. Pour des raisons que seules les autorités d’Israël connaissent, ces dernières lui refusent systématiquement le visa de sortie du pays. Maintenant il passe ses journées à attendre un papier qui ne viendra pas, en faisant des petits boulots mal payés pour aider ses parents et en voyant à la télé un monde qui est devant lui mais qu’il ne verra jamais. Sa faute? Etre palestinien, de famille modeste, vivre dans un camp de réfugiés et avoir des capacités pour faire des études supérieures. Quoiqu’en y réfléchissant bien, à quoi peuvent bien servir les ingénieurs en prison?

Nous avons dédié notre mardi à marcher dans les rues de la vieille ville, à saluer les enfants de notre comité de bienvenue particulier et ignorer les soldats qui surveillent la route d’accès à la maison de Yazan. A la moitié du chemin, un de ses frères cadet est sorti pour nous accueillir avec un sourire collé aux lèvres. Il n’arrêtait pas de rire quand nous le prenions dans les bras. Au bout d’un moment, un autre de ses petits cousins nous a rattrapé et nous sommes arrivés à la maison. Une fois là-bas, les enfants ont commencé à jouer au football dans la rampe de l’entrée, pendant que Yazan donnait à manger à ses chameaux. Son père, bizarrement, n’était pas à son endroit habituel sous l’ombre de son arbre, ce qui nous a un peu inquiété. En entrant dans la maison, l’air était plus lourd que d’habitude et bien que la mère nous ait accueilli toute souriante dans le séjour, nous avions la sensation que quelque chose c’était passé ces derniers jours que même ses yeux ne pouvaient cacher.

 
 

Kayed et sa famille

© Sin Piedras

Après nous être excusés auprès de la famille de ne pas avoir pu filmer ces jours et leur avoir expliqué notre problème avec la caméra, nous avons accepté la tasse thé qui nous était si gentiment offerte. Kayed, le père, nous a fait comprendre avec les yeux que ces derniers jours, les colons et les militaires avaient passé leur temps à les déranger plus que d’habitude. Mercredi passé, les soldats sont venus les voir pour savoir qui avait été dans la maison les jours précédents, qui étaient ceux de la caméra, que voulaient-ils filmer… et de nombreuses autres questions et menaces pour que nous ne revenions pas. Deux nuits plus tard, Kayed entendit un bruit dans le jardin. Lorsqu’il se leva pour aller voir, il découvrit un groupe de gens roder dans le jardin, cassant les plantes et tapant sur les poignées des fenêtres. Ensuite ils frappèrent sur la porte. Kayed, ayant vu qu’il s’agissait de trois colons vêtus de tenues de l’armée, ouvra la porte. A peine entrés, ils commencèrent à le battre et à l’insulter. En partant, ils laissèrent un message. «Que tes amis étrangers ne reviennent pas, ou la prochaine fois….». Pendant que j’écoutais tout cela, le regard de Yazan me fuyait. Quant à moi, j’en avais le coeur retourné. Je n’avais pas la moindre intention de rester tourner avec la famille un jour de plus et, à ce moment même, il était clair pour moi que le tournage était fini. Alors que j’étais plongé dans mes pensées, Kayed me dit en souriant qu’il nous attendait dimanche prochain pour continuer le documentaire, qu’il y avait encore des choses à finir et qu’il espérait que Marc revienne aussi vite que possible pour continuer. Si il y a bien une personne qui a du courage et de la détermination c’est bien Kayed Dana, et ce documentaire, arrive quoiqu’il arrive sera pour lui, sa famille et sa paire de couilles.

Quim

 

 
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